Samedi 24 octobre 2009
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Y en a des un max qui s'horrifient des Bougnoules.
Encore plusse les cités bougnoulesques même s'il n'y a pas qu'eux. J'précise. Des Noirs, des Juifs et des Blancs s'entassent merci Le Corbusier !
Etrangère en Algérie, je l'ai tétée plusse encore en France c'est paradoxal mais c'est.
Bref atterrie à l'arraché en 1988 pour définitivement quasi y rester, l'Hexagone me semblait la Grande Inconnue malgré moult vacances passées mais l'été-Noël c'est pas pareil que débuter la longue
année commençant par un septembre froid et noir.
J'avais froid à travers mes semelles. Pas équipée pour les frimas. Pas pigé ça m'a refroidie. Matins noirs et soirs noirs et les silhouettes anonymes. J'me disais merde quoi c'est quoi ce bled.
L'internat et ses promiscuités ça me débectait. Au début, avant qu'on en construise un avec chambres individuelles je devais partager des salles de classes transformées en chambrées collectives. On
délimitait les espaces perso avec de pauvres placards cadenassés.
Les pouffiasses ricanantes m'emmerdaient. Elles me dégoûtaient carrément. J'ai sombré dans les études avec difficultés et morosités. Quand la chambre individuelle enfin obtenue c'était comme
un début de liberté. C'était neuf et propre et je rangeais façon obsession ce minuscule espace mais oh combien luxueux. Le premier espace à moi finalement.
Les week-end fallait retourner sur Paris chez une daronne-lofteuse. J'y avais pas ma chambre normal mais c'était classe hein : pas de cloisons même pas pour les chiottes. Je courais donc la ville,
j'étouffais.
J'savais pas me balader au début. Pour aller où d'abord ? Ma mère méprisait notre timidité et notre race quelque part. Elle nous donnait 10 francs tout de même car sinon on était mendiant pour
les flics elle nous disait la Salope. 10 francs mais pas plus. Pas la peine de chialer sinon fallait faire des ménages pour avoir plus. J'ai galéré sans une thune et j'ai cavalé finalement les
rues. Carte d'identité ad hoc fallait surtout jamais l'oublier.
Bac obtenu comme une nécessité vitale. Atermoiements universitaires et p'tits jobs à la con. J'ai eu plus que 10 francs finalement et j'ai beaucoup appris. Des potes à la pelle. N'empêche un truc
manquait.
Du cannabis certes ça magifiait le quotidien quelque part, une vieille habitude de là-bas. Mais pas seulement. Toujours étrangère. Me faisait contrôler sans cesse dans le métro. Because mon allure
arabe-casquette-foulard. Y a pas photo. Immigrée ? J'disais nono. J'suis Française. Et pourtant.
Donc vu que je ne connaissais aucun immigré j'me suis dite faut aller y voir c'que c'est. P'têt on est pareil ?
On allait pécho la récompense pour faire chier en s'donnant des bonheurs platosses aux coeurs des cités.
On a commencé avec une copine ou deux par la Courneuve c'était le plus proche. Du class-pilon on avait car on était de la haute puisque de la Ville. Mais on voulait les connaître les Arabes de
France vu qu'on n'en avait jamais vu à part les fils-de-hein. C'était limite une démarche politique. Sociologique on va dire pour faire modeste.
Les gars y hésitaient : journalistes ou flics ? Flics surtout vu qu'on posait moult questions sur leurs conditions de vie. Y s'méfiaient. On n'a jamais connu leurs vrais noms mais ils nous ont
protégées. Personne n'approchait. Les P'tits nous réceptionnaient à l'entrée de la cité. Les Grands nous accueillaient et nous gardaient bien au chaud sous leurs ailes déployées oué.
On a fait donc Courneuve, Trappes et même Grigny sans oublier Asnières et d'autres. Que des barres-barrettes. On en a su qui tombaient. Zonzon.
Et nous on était là équipé cette fois au summum dans les halls des immeubles à fumer d'énormes pétards avec des gars qu'avaient une jactance du diable. Avaient besoin de dire, de parler. Pas
difficiles une fois rassurés que nous n'étions pas flics. C'était comme ça.
Compris alors un truc : sont plus françaouïs que nous merde. On avait rien à voir avec eux et on se kiffait mutuellement debout à bavasser des nuitées durant. Debout on était. Fallait se faire
respecter. C'est-à-dire on respectait.
Leur vie de Félin Urbain on a goûté sans y toucher.
Des Chevaliers, Courtois, Charmants, Disponibles. Sensibles.
Emouvant et on s'émouvait.
C'était pas nous. Etrangers ils étaient aussi et ça réunissait quelque part les incompatibilités. Plus Français que nous c'est sûr.
Juré, craché et même mollardé.
Bons baisers où tu sais.
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Par Magikw
Dr WO