Samedi 7 novembre 2009



La Peur.

La première-souvenue c'est l'Odeur des hôpitaux-d'avant. La vue des tubulures emballées dans des sacs-verts-empoussiérés. Sous le lavabo. Dans la salle de bain paternelle.

Restes-laissés because l'effroyable bazar paternel : ni ne jetait ni ne rangeait (c'était folklore à l'époque). Comme le foetus flottant dans le bocal-formolisé. Vraiment on avait ça au dessus du frigo.

C'était Scientifique.

Il se délitait par lambeaux le foetus-mâle.

On s'est habitué. Faisait partie de la maison et de nous.

Ca évoquait rien de précis pour moi la Maladie, enfant, mais j'en ressentais le Climat. Indéfinissable. Failli crever la môme paraît-il. On me l'a suffisamment dit. Un miracle-limite (Ayé j'vais me Saintétiser ! Rires). Bref ai survécu à des soins-lourds semble-t-il. Le Daron évoque toujours cet épisode avec Emotion et ça m'emmerde.

J'suis Survivante et alors. Depuis quasi ma naissance faut croire mais ça. Ca concerne tout le monde finalement.

Ensuite la plus terrible car elle te dépasse total quand tu as ton entendement : le Tremblement de Terre. Le Séisme. La Secousse. Tellurique. Les ruines et les morts. Surtout l'image d'une gamine filmée dans son agonie sous des murs écroulés. Octobre 1980. J'avais neuf ans. Le plus Terrible. El-Asnam.

La Terre qui vibre on connaissait façon assez régulière : p'tites secousses dans la nuit ça donne un léger vertige. Mais en 80, celui d'El-Asnam on l'a reçu jusqu'à Alger dans la journée. Fortement.

Ma p'tite soeur et moi étions seules à la maison en attendant le retour de mon père. Le sol a vibré fortement. Objets tombant des meubles. Et. Cet. Epouvantable. Grondement. Terrestre. J'me souviens être allée sur le balcon (ce qu'il ne faut jamais faire car ça tombe en premier facile), et j'voyais l'immeuble de vingt étages en face de chez nous quasi. Osciller. Comme une hallucination-parasismique.

Et les. Cris.

Alger est une Cuve. Elle est creuse un peu même si elle tombe dans la Mer. Ca résonne. Cri-Unanime. Quelques secondes comme des éternités. Et des Répliques ensuite qui te font bien mouiller d'angoisse crois-moi.

Dix ans plus tard c'est la Guerre (jamais finie finalement depuis 1954 au moins). Couvre-feu. 21h : plus un humain dans les rues.

Ecoute l'Etrange Silence d'une capitale dans la nuit. Une ville habituellement bruyante avec le ressac-automobile. On n'entend rien presque. Sauf les sirènes. Et les chats et les chiens. Mais les Kalach' aussi. Tactactacs.

Ca résonne te dis-je.

Quartier Belcourt chez ma tante. On matait un film avec mon cousin. Les femelles endormies. On entend des bruits et des tirs dans la rue juste pas loin de la maison.

Une clinique-maternité : en face.

On rampe à mon initiative pour mater à travers le mur pourvu de trous artistiquement disposés dans la loggia. La moindre voiture s'entend arriver dans la nuit te dis-je.

On voit débouler de la côte menant à notre rue un tacot rempli sombrement. Ca roule super-vite et ça crisse devant la maternité. Une portière s'ouvre et un type s'écroule sur le bitume. Un autre armé sonne à la clinique.

Il, le type à terre. Il râle. Il pisse le sang. Ca coule à flots de sa cuisse garottée. Ruban noir j'me souviens. Et on est là mon cousin et ouame : Impuissants.

Le tacot détale plus haut et les pneus hurlent. 

Une éternité avant que le portail ne s'ouvre. Il hurle longtemps-longtemps le gars. Il gémit. C'est Insoutenable. Pétrifiés on était comme des pierres le couz' et mézigue.

Et puis rajoute dix piges pour la Peur de l'Amour. Et ça s'écoule en libération-prolongée. Pas autant mais presque j'te jure.

J'ai Peur. Je Vis. Donc.

Bons baisers où tu sais.

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Par Magikw
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